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Adieu, la môme
Je la retrouve a midi. L'emmène à St Philips, où il y a un parc. Sur un banc, l'un contre l'autre. Je me demande pourquoi les visages des gens qui s'aiment ressemblent à ceux des martyrs. Je comprends pourquoi "passion" désigne aussi bien l'amour fou que le supplice. Joue contre joue, ses mains sous mon pull, la serrant fort contre moi. Je regarde l'église, le clocher ; Dieu n'existe pas : Marianna part ce soir, et je ne la reverrai plus. Ca fait une boule, qui monte, qui monte, et je n'ai plus la force de me battre, je cache dans son cou les larmes honteuses d'un garçon différent. Puis je l'emmène prendre un café, et elle me demande pourquoi je suis tellement gentil avec elle. Parce que je t'aime beaucoup, voilà tout. Parce que je suis cinglé. Parce que je ne sais pas faire comme les autres. Parce que je m'attache trop vite. Elle me dit qu'elle est heureuse, qu'elle ne veut pas rentrer. Mais je la sens déjà loin. Je me rends compte que son coeur n'est pas comme le mien, que ce qui me jette au sol la fait seulement sourire. Elle est heureuse, mais son bonheur n'est rien comparé au mien, ni ne l'est sa souffrance.
Je la quitte, l'embrasse une dernière fois. Elle a des larmes au coin des yeux, elle me retient par la manche, sans oser me regarder. Je lui demande si elle est triste, elle me répond oui. Je lui demande pourquoi, lui dit que si elle change d'avis, je serai là. Elle dit qu'elle ne sait pas. Le jour où les filles sauront, auront seulement un peu de courage, l'amour sera une belle chose. En attendant, je traine mon coeur humide jusqu'au bureau de Regina. On répète le TP de demain. Puis je retrouve le groupe. Le concert est médiocre. La batterie est totalement différente de celle à laquelle je suis habitué, mon doigt heurte un arceau de la caisse claire, et j'observe depuis une autre galaxie les petites taches rouges qui apparaissent sur les peaux au fur et à mesure que je continue de jouer. La prochaine personne qui me demande pourquoi "un chouette garçon comme toi ne cherche pas plus activement une petite amie", je lui colle mon poing dans la figure. Les filles, les filles. Les filles vous accrochent le coeur, elles vous disent que vous êtes beau, que vous êtes gentil, que vous êtes drôle, doux, qu'elles voudraient rester avec vous toujours, elles vous embrassent en fermant les yeux, en basculant la tête en arrière, en souriant, elles rient, elles dansent, elles vous caressent du bout des cils, et puis elles vous disent merci pour ce week-end, c'était vraiment bien. Les filles, les filles c'est égoïste, les filles ça ne voit que soi, c'est heureux quand c'est aimé, ça ne sait pas donner, tout juste recevoir. Les filles, ça vous détruit, ça vous écrase, ça vous donne envie de sauter par la fenêtre, et ça n'en sera jamais conscient. Les filles, qu'on ne me parle plus des filles, jamais, jamais. Je les hais, je les hais de toute ma force d'orphelin trahi, une fois de plus. Les filles, ça ne sait pas, ça vous dit oui avec les yeux, avec les lèvres, avec les mots, et puis ça vous dit non avec le coeur. Les filles, ça n'est pas là quand vous n'avez même plus la force de marcher, que vous tombez sur le sol, que vous versez sur la moquette des larmes grosses comme des poings, que vous vous mordez jusqu'au sang pour ne pas hurler et vous jeter contre les murs. Les filles, ça marche au milieu des incendies, des débris, des oncles pendus, des pères anéantis, des amis humiliés en vous parlant d'elles, d'elles, d'elles, et encore d'elles. Les filles, ça vous écoute leur dire qu'elles sont jolies, qu'elles sont gentilles, ça se laisse embrasser sans rien dire, ça se pend à votre bras, ça met sa tête sur votre épaule. Puis sur celle d'un autre, et celle d'un autre encore. Les filles, c'est comme les flocons de neige : on les attrape, on les serre précautionneusement dans sa main, et quand on la rouvre, il n'y a plus rien, plus que de l'eau salée, coulant le long des doigts. Je vais vous dire une chose, on dit les filles sentimentales, romantiques, capables de s'accrocher. Elles se prétendent parfois capables d'aimer bien mieux que nous. C'est peut-être vrai à côté du garçon foot-chips-bière. Une cocotte minute serait plus sensible que ce type-là. Mais à côté de ces enfants malades que l'on nomme poètes, l'amour d'une fille, ça n'est rien, rien du tout, du vent, de la vapeur. Simplement parce que les filles, ça ne sait pas. Ca ne sait pas ce qu'il se passe, ça ne sait pas ce que ça doit faire, ça ne sait pas où ça va, ni comment ça y va. Mais le vrai amour, mesdemoiselles, ce n'est pas un point comme pour beaucoup de garçons, ce n'est pas non plus un point d'interrogation comme dans votre cas, c'est un point d'exclamantion, comme dans le mien. Moi, moi je sais, je sais où je n'irai pas le week-end prochain, je sais combien ça fait mal, je sais que j'aime Marianna, que je ne prendrai pas le train de 16h le vendredi ni celui de 9h le lundi matin au retour, celui dont le trajet dure deux heures et coûte 20 livres. Et quand je ne sais pas, j'essaie : je trouverai bien en temps voulu de quoi me débrouiller. Je sais ce que je veux, et je suis prêt à me donner les moyens de l'avoir. Je ne dis pas : je voudrais tellement rester avec toi, mais il faut que je rentre et qu'on ne se voie plus jamais. Je ne dis pas : non, le week-end prochain il y a mon ex, celui d'après j'ai une dead-line, et le suivant c'est les vacances, je rentre chez moi. Vivre, pour une fille, cela consiste à se conformer à ce que les contraintes extérieures lui imposent. Il est inimaginable de braver ces contraintes, encore moins de les faire tomber. Ca consiste à croire que le temps vous aidera à aimer votre petit ami quand vous ne l'aimez toujours pas après trois ans. Je n'aimerais pas être une fille sur son lit de mort, regardant derrière elle. Je crois que mon amour, je ferais mieux de le garder. Oui, je pourrais rendre une fille heureuse, comme dirait l'autre, mais une fille ne me rendra pas heureux, alors pourquoi faire des efforts ? Je me fous du bonheur des filles autant qu'elles se foutent de mon malheur. Elles ne comprennent rien, elles ne sentent rien ; il leur manque la moitié des capteurs. Qu'on ne me parle plus des filles. Passé vingt ans, elles ne valent plus rien. Ce ne sont plus que des guêpes embourbées dans leurs habitudes, incapables de s'en dépétrer. Soyons honnêtes, mon bonheur, je ne le dois pas à Marianna. Je le dois à mon putain de coeur, qui ne sait pas fonctionner autrement qu'en overdrive, ce même coeur qui finit par exploser, se répandre, et finira par s'éteindre d'avoir trop été déçu. Vous pouvez faire des yeux, jeter des rires légers, faire les timides ou les vedettes, tout ça c'est bon pour le marché aux puces. L'amour, le vrai, il vous passe au dessus de la tête, comme un oiseau la nuit, là haut dans le ciel. Les coeurs sensibles, passée l'adolescence, on ne les trouve plus que chez les garçons. L'amour, le vrai, est une maladie du chromosome Y. "So long Mariane", chante Léonard, chante. Ta Mariane n'a sans doute jamais su ce que tu mettais derrière ces mots, pas plus que la mienne n'a su ce qu'il y avait derrière mes larmes. Mais les deux auront été heureuses d'être aimées, d'être le centre de quelque chose, la lumière de quelqu'un. Je lui ai demandé de ne pas m'oublier, elle m'a répondu de ne pas m'inquiéter : elle avait pris des photos. Il y a des moments où l'on ne sait plus si c'est l'autre ou soi-même qu'on a le plus envie d'abattre. Dans une semaine, il ne restera plus rien dans ses souvenirs qu'un gentil garçon. D'elle, il me restera mille souvenirs, pyrogravés à même le coeur. Ses yeux verts en amande, ses mains fines et blanches, son parfum, ses épaules si petites, sa tête dans mon blouson. Qu'elle me pardonne, un animal blessé est dangereux, agressif. Ce n'est pas elle qui a tort d'être normale, c'est moi, et mon coeur déglingué, dont je devrais faire des rimes et des paragraphes, et cela seulement. Le vrai amour, celui qui élève jusqu'au ciel, puis vous laisse choir, voler en éclat sur le sol, celui là n'est pas fait pour être vécu. Il est fait pour être chanté et écrit. Pardon, Marianna. J'ai mal ce soir d'être un idiot, un extra-terrestre, et de t'aimer si fort. Tu étais la première avec qui ça ait été aussi chouette qu'avec Ch., et ça, tu ne le sauras jamais, ne le comprendra jamais, et ça n'a pas une once d'importance. Adieu, petite fille. Bon ex, bon boulot, bonnes vacances. On se recroisera peut-être au détour d'une soirée, qui sait. Et tu ne comprendras pas non plus pourquoi je suis distant, pourquoi je ne veux pas te parler, pourquoi le garçon gentil est devenu méchant. Il y a tout une partie du monde que tu ne vois pas, ne sens pas, ignore. Et tu ne sauras jamais combien on s'y sent seul. (Arrière plan: http://www.virtualbrum.co.uk/heritage/page2.htm) Ecrit par Barjac, le Dimanche 27 Février 2005, 23:43.
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